lundi 28 mai 2018
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« Les vrais CDP bis sont en train de naitre maintenant », dixit Simon Compaoré

Le 2e vice-président du Mouvement du peuple pour progrès (MPP), Simon Compaoré, dans la véhémence qu’on le connait, revient dans cette entrevue sur la récente sortie des louveteaux du MPP, la vie politique marquée par les nombreuses candidatures militaires pour la présidentielle de 2015, la question du vote des Burkinabè de l’étranger et bien d’autres sujets. Lisez plutôt.

 

Comment se passe l’implantation du MPP à travers le Burkina ?

Depuis l’année dernière, on a débuté  le processus de mise en place des structures du MPP dans les villages, les secteurs et les sous-sections dans les communes rurales et urbaines, les sections dans les 45 provinces et les fédérations dans les 13 régions. Nous pouvons dire aujourd’hui sans nous tromper, qu’au minimum 70% du travail a été réalisé et nous allons sortir bientôt pour vérifier.  C’est un travail gigantesque qui ne se passe pas sans difficultés. Il y a les moyens pour le déplacement de ceux qui sont chargés d’aller encadrer le travail. A quelques endroits, il y a des mésententes, des luttes mais cela est normal puisque le parti intéresse les gens. On n’en fait pas un gros problème, mais nous nous assurons que ces difficultés n’impactent pas la dynamique impulsée au niveau du parti.

Au-delà de ces difficultés, êtes-vous fin prêt pour la conquête du pouvoir ?

Personne ne peut dire qu’il est fin prêt. Nous sommes en train de nous préparer activement et d’ici-là, nous serons au rendez-vous. Lorsque les campagnes débuteront, nous mettrons en place des structures, mais ce n’est pas encore le moment. Aussi, nous allons tenir un congrès, puisque nous n’avons pas encore désigné notre candidat.

Lors de leur récent 1er congrès, les jeunes du MPP ont demandé à ce que les caciques du régime déchu ne participent plus aux élections mais Salif Diallo a ramé à contre-courant. Qu’est ce qui explique cette discordance ?

Ce n’est pas une discordance. L’aspiration des jeunes, personne ne peut la comprimer. Dans notre parti, nous n’avons pas mis de camisole aux jeunes. Ils ont une relative liberté dans le cadre des statuts et règlements intérieurs du parti. Ils peuvent développer leur point de vue, pourvu qu’il ce ne soit pas contraire à la ligne directrice du parti. Mais le 1er vice-président a voulu simplement dire qu’il faut laisser les gens s’assumer et pourvu qu’ils le fassent correctement. Vous avez vu déjà un certain nombre de dérapages.

Des dérapages ? Pouvez-vous être plus précis ?

Oui, j’appelle dérapage quand un des responsables du CDP se met à dire qu’il faut travailler pour le retour triomphal de Blaise Compaoré. A mon sens, ça frise la provocation. On vient d’enterrer les martyrs, on connait ceux qui ont été à la base de cela et des gens déclarent fièrement qu’il faut travailler au retour de Blaise Compaoré. C’est ce qui amène des fois  des troubles. Il est évident que beaucoup n’ont pas tiré leçon de ce qui s’est passé. Je pense que c’est dans ce sens que les jeunes ont voulu intervenir. Le 1er vice-président a voulu tout simplement dire que nous n’avons peur de personne, surtout pas de ces gens. Il ne faut pas qu’ils pensent qu’avec leur participation, nous sommes déstabilisés. Jamais ! Ils nous connaissent et nous les connaissons.

Et pour vous, faudra-t-il interdire leurs activités politiques ?

Non ! Ce n’est pas ce que je dis. Mais si tout le monde est autorisé à mener des activités, ça sous-entend aussi que ce doit être dans le cadre des lois et règlements en vigueur au Faso. Sous cet angle, il n’y a pas de problème. Ce sont certaines actions menées par certains qui ont été à la base de l’insurrection et ces gens doivent savoir qu’ils ne doivent plus travailler à troubler l’environnement politique. Sinon, le jeu est « open ». Dans la légalité et dans la transparence, on saura qui est qui. Les mesures qui avaient été prises pour la suspension des activités du CDP, de l’ADF/RDA et de la FEDAP/BC étaient, à mon avis, justifiées. Mais l’Etat est revenu pour lever cette suspension. On ne peut que saluer la hauteur d’esprit des dirigeants de la Transition.

Votre parti a émis des réserves pour le vote des Burkinabè de l’étranger. Vos craintes sont-elles celles de Michel Kafando qui a argué le même manque de sécurité ?

Simple question : au jour d’aujourd’hui, est-ce que vous pouvez nous dire, à peu près, combien de Burkinabè y a-t-il en Côte d’ivoire ? Si vous ne pouvez pas nous dire combien nous sommes, comment pouvez-vous vous permettre de distribuer des cartes ? Je prends un cas de figure : s’il y a 5 millions qui s’inscrivent alors qu’en réalité les Burkinabè n’atteignent pas ce nombre, que ferez-vous ? Ni en Côte d’ivoire ni au Ghana, un travail d’estimation n’a pas été opéré sur des bases scientifiques. En plus, pour l’octroi des cartes consulaires en  Côte d’ivoire, ni la CENI, ni les partis de l’opposition étaient présents et le comble, c’est que l’ambassadeur est un membre du bureau politique du CDP. Là, c’est une porte ouverte à toutes les fraudes. Or, c’est sur la base de ces cartes consulaires que les cartes d’électeurs seront délivrées. L’autre problème, vous pensez que tous les Burkinabè vont prendre des camions pour venir voter à Abidjan ou à Bouaké ? Ces questions n’ont pas été tranchées. Tous les gens du CDP qui crient, ce sont de gros fraudeurs.

Des probables candidatures à la présidentielle de 2015, il est cité celle de Djibril Bassolé, de Jean Baptiste Natama et de Yacouba Ouédraogo, tous des militaires. Est-ce à dire que ces derniers ne font pas confiance aux civils ou sommes-nous condamnés à être dirigés par des militaires ?

Non, pourquoi serions-nous condamnés ? L’histoire a voulu que, depuis le 3 janvier 1966 jusqu’à maintenant, nous soyons dirigés par des militaires. Mais il n’est pas dit que cela doit se poursuivre ad vitam aeternam. Il faut laisser les choses couler. Il ne faut pas être très pressé, c’est dans quelques mois (l’élection présidentielle, ndlr).

Derrière ces candidatures militaires, d’aucuns y voient la main de l’ex-président Blaise Compaoré… 

Il y en a qui ne se cachent pas d’ailleurs. On entend parler. Il y en a qui disent clairement que c’est aussi leur stratégie qui consiste à émietter l’électorat en ayant beaucoup de candidats. Quand on disait du MPP que nous étions le CDP bis, les vrais CDP bis sont en train de naitre maintenant. Au cours des campagnes, nous allons encore nous faire le plaisir de montrer que nous sommes désormais loin du CDP. Ceux qui végètent à l’ombre du CDP et qui prétendent être autre chose, là aussi, la vérité se saura. Quand vous rentrez dans de l’eau avec de l’huile, cette dernière finit par remonter à la surface. Dans tous les cas, tout ce qui est caché va remonter en surface.

Etes-vous prêts à accueillir dans vos rangs des ex-militants du CDP qui se sont battu bec et ongle pour la modification de l’article 37 et la mise en place du Sénat ?

Non. Votre question est précise. Si vous m’aviez posé la question de savoir est-ce que vous êtes prêts à accueillir des militants CDP qui seraient démissionnaires, je vous dirais oui. A conditions qu’ils respectent le processus d’adhésion. Mais puisque votre question est précise, c’est clair et la réponse est non.

Serait-ce la même réponse s’ils ont un fort taux d’électorat avec eux ?

Non ! Ce n’est pas de l’opportunisme. Vous savez, quand vous avez de la conviction, vous travaillez sur la base des principes. Mais quand vous n’avez pas de convictions et que vous êtes un vulgaire opportuniste, vous êtes un attrape-tout. Au niveau du CDP, tous ceux qui ont montré qu’ils avaient une volonté farouche de travailler pour que l’alternance n’ait pas lieu, pour que ce soit un pouvoir à vie, ne connaissent même pas la honte. Sinon, ils devaient se terrer quelque part. Nous avons déjà reçu des démissionnaires du CDP, qui  n’étaient pas les thuriféraires.

Simon Compaoré au stade municipal de Ouagadougou

Y en a-t-il qui sont quand même venus mais que vous avez refoulé ?

Non, pas à ma connaissance. Au MPP, quand vous voulez y adhérer, il faut aller à la base avant de  remonter. Il y a une équipe qui s’occupe de ces questions. Il n’y a pas ostracisme à notre niveau. S’il y a des gens qui, après l’insurrection, ont su finalement qu’on était en train de les tirer dans le trou, s’ils veulent venir, il n’y a pas de raison qu’on les refuse.

Je cite une de vos phrases lancées le 11 janvier 2015 dans la Kossi « On a de l’or, mais on ignore la destination. Cette forfaiture est désormais finie ». Pourtant, vous avez quitté la gestion du pouvoir il y a à peine une année…

Personnellement, j’ai eu d’autres informations après qu’on est partis et c’est révoltant. Même quand on était là-bas (au pouvoir, ndlr), il y a eu des critiques qui ont été faites. Au niveau de l’économie en général et plus précisément sur la question de l’or, on a dit qu’il fallait faire le point pour que la population sache ce qui se passe dans ce nouveau secteur censé apporter des subsides à l’Etat et rehausser le niveau de notre PNB. Le CDP se disait social-démocrate, mais dans ce courant, il doit y avoir une redistribution équitable des fruits de la croissance. Et quand la production de l’or est en passe de devenir la première source de devise, les gens s’attendent à voir des impacts. Si cet or permet de bitumer des routes, de construire des écoles et des formations sanitaires, c’est une manière de redistribuer. Vous voyez que maintenant, il y a trop de problèmes sur les sites miniers. J’étais maire et nous avons discuté au niveau des communes pour dire qu’une mine ne peut pas exploiter un territoire communal sans laisser des choses tangibles. Nous avions écrit au gouvernement pour que le Code minier soit revu et que la place des communes soit bien située. Et puis, il faut dire qu’il y avait de l’opacité.

Vous parlez plus haut d’informations que vous aviez eues. Pouvez-vous partager cela avec nous ?

Attendez ! Quand je dis des informations, il nous est revenu que quand des exploitants venaient, il y a des gens qu’il fallait voir, des gens qui n’étaient même pas ministres. Retenez simplement qu’il n’y avait pas de lisibilité et dans le Code minier, il y avait beaucoup de choses à revoir. Dans la vision du MPP, par rapport aux mines, nous devons être regardants à deux niveaux : d’abord, faire en sorte que leur exploitation n’hypothèque pas l’avenir des générations à venir. Ainsi, en matière de protection de l’environnement, on doit être plus regardant.  Il faut aussi une vaste sensibilisation pour que les gens sachent le processus utilisé. C’est très important. Deuxième aspect, c’est de s’assurer que le pays a un intérêt dans l’extraction de l’or. Il ne faut pas conclure des contrats qui lèsent le peuple. C’est pour cela que lorsqu’il y a un changement de régime, les contrats sont renégociés.

Les dossiers Sankara et Norbert Zongo déterrés par la Transition ne risquent-t-ils pas d’ébranler le pouvoir qui sera en place en 2015 ?

Il faut savoir raison garder. Ce sont des dossiers qui datent de quand ? Ce sont des dossiers importants et tout le monde veut connaitre la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Et pour cela, il y a des étapes. Vous conviendrez avec moi que ce qu’on demande à la Transition, c’est de donner de l’espoir aux gens que plus rien ne serait comme avant. Le gouvernement de transition a déjà donné le ton. Je me suis même posé la question, pourquoi la possibilité n’a pas été donnée d’exhumer la tombe (dans l’affaire Sankara, ndlr) ? C’est la chose la plus banale possible ! La tombe est là et ce n’est pas la première tombe à être ouverte au Burkina. Des ossements ont déjà été transférés d’un endroit à un autre. J’étais maire et j’ai vu des choses comme cela. Si je suis président comme Michel Kafando, je dirais qu’on veut connaitre la vérité. C’est une volonté de la famille et il faut accéder à cela. Mais il ne faut pas s’attendre à ce qu’on puisse, durant les neuf mois à venir, boucler le dossier. Je ne suis pas de la Justice, mais je sais que des fois, on est dedans, mais on est écœuré. Au niveau des procédures, vous arrivez à un niveau donné et il y a une intervention qui vient retarder les choses.  Il peut y avoir beaucoup de blocages, mais pourvu que la Transition ne finisse pas sans qu’on ne voie les portes de la vérité s’entrouvrir.

Quel sort doit-on réserver à Blaise Compaoré et à son frère cadet François ?

Je ne réponds pas à cette question. Votre question ne mérite pas d’être posée.

Et pourquoi ?

Voilà, là, je vais répondre. Ce sont des justiciables comme vous et moi. Nous sommes tous des justiciables et chacun est responsable de ses propres turpitudes. C’est tout. Si nous sommes tous des justiciables et des Burkinabè de surcroît, la Justice ne choisit pas.  Si vous-même vous avez volé, si les preuves sont réunies, il y a des gens qui connaissent les textes, ils vont analyser et faire ce qui doit être fait. Là où vous voulez m’amenez (Rires), alors que vous-même vous savez (rires)… (Cette dernière phrase a été dite en mooré, ndlr).

Le problème de l’Université de Ouagadougou resurgit ces derniers temps, que réservez-vous comme solutions aux difficultés rencontrées par ce temple du savoir ?

En tant qu’ancien étudiant, c’est une honte. C’est triste et peut-être qu’on ne perçoit pas le problème actuellement, mais les répercussions sur les générations qui suivent seront dramatiques. Il est impératif de résoudre cette question. Le système LMD (licence-master-doctorat, ndlr) est valable partout, mais pourquoi ça ne marche pas ici ? Dans le programme du MPP, nous avons intégré le problème de l’Université de Ouagadougou et des solutions seront trouvées.

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