samedi 23 mars 2019
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Axe Ouagadougou-Abidjan: témoignage d’une victime de racket et de tracasserie routière

Voyager entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso n’est pas du tout aisé! Beaucoup de voyageurs, dans l’un ou l’autre sens, pourraient bien témoigner de ce qui se passe à la frontière entre les deux pays. La spoliation systématique des voyageurs est devenue un sport national, auquel s’adonnent la douane, la police, la gendarmerie, les agents des eaux et forêts et les agents de la santé. Si les sociétés de transport mieux organisées comme Rakiéta, TCV etc. arrivent tant bien que mal à convoyer les passagers à bon port et ce malgré quelques difficultés, ce n’est vraiment pas le cas des sociétés évoluant dans l’informel comme les «dynas» et autres véhicules de transports. Avec la fin de la guerre en Côte d’Ivoire, on croyait enfin que les bonnes mœurs allaient faire place aux mauvaises habitudes de «hors la loi». Que nenni, les mauvaises habitudes ont la peau dure et renaissent toujours, tel le phœnix, de leurs cendres. Cet écrit n’a nullement pour but de nuire à qui que se soit, mais juste pour attirer l’attention des politiques sur des pratiques malsaines pouvant nuire à la vie en communauté.

         Nous démarrâmes à Abidjan ce mardi, 19 août 2014 aux environ de 10 heures 30 dans un véhicule communément appelé Dyna, nous avons atteint Ferkessedougou aux environs de 22 heures 30, non pas parce que la route n’est pas totalement bonne, mais juste à cause des mauvais pratiques d’intimidation, des arrêts non justifiés etc, dans le simple but d’extorquer de l’argent aux chauffeurs qui n’ont pas d’autre choix que de faire avec. J’ai tenté de m’adonné un calcul des sous retirer à notre chauffeur entre Abidjan et Ouangolodougou, une gymnastique assez difficile, mais pas impossible. Une dyna, qui quitte Abidjan, doit forcément avoir entre 35 et 50 milles francs CFA comme frais de

route, non pas pour mettre le carburant, mais pour «graisser» les gendarmes, les policiers et les douaniers le long du trajet. La dignité perd son latin sur l’axe Abidjan-frontière du Burkina Faso. Les analphabètes en font plus les frais, car les forces dites de l’ordre appuyées par des particuliers prennent tout; elles ne refusent rien dans les différents barrages et corridors. Elles prennent entre 200 francs à 2000 francs. L’important dans ce genre de deal est de ne pas laisser filer les sous. Ainsi, il n’est pas rare de voir des passagers, non à jour de leurs vaccins, faire les frais des agents de santé, sensés les conseiller et au besoin leur donner conseil et leur administrer le vaccin. Chaque voyageur non à jour de son vaccin, est contraint de payer 2000 francs. En retour, il ne reçoit aucun reçu témoignant de la trace d’une quelconque transaction. Beaucoup de voyageurs, par ignorance peut être, s’adonnent à ce jeu du chat de la souris.

A Ferkessédougou, si vous avez la malchance d’y arriver la nuit, vous devez attendre jusqu’au petit matin avant de prendre la route avec le bon vouloir des forces de l’ordre, qui s’érigent en escorte et les frais d’escorte sont assurés par les chauffeurs. Chaque passager devait alors débourser la somme de 1000 francs. L’Etat ivoirien semble ne pas exister dans cette partie nord du pays. Nous fûmes escortés ce mercredi, 20 août sur Ouangolodougou. Imaginez-vous à peu près combien, les forces de l’ordre ont pu empocher. Ces sous n’iront jamais dans les caisses de l’Etat de Côte d’Ivoire, sortie épuisée d’une longue crise et en quête de ses marques. A la frontière ivoiro-burkinabè, le ballet de spoliation des voyageurs reprit de plus belle. Une dame venant du Burkina Faso et se rendant en Côte d’Ivoire, était sur tous ses nerfs : «comment peut-on être à jour de ses papiers et payer encore 1000 francs tchrrrr….». A moi de lui dire: «Avez-vous pris/réclamé un reçu pour vos transactions?». La dame me regarda tout éberlue. Il n’y a pas un seul car, qui quitte le Burkina Faso pour la Côte d’Ivoire, et arrive à destination sans séquelles ou autres traces d’extorsions.

Lorsque nous arrivâmes en territoire burkinabè, je contactai un agent de la gendarmerie pour lui faire le point de ce qui se passe de l’autre côté de la frontière. Son collègue, un certain M. me prit en partie, en me disant que je dérangeais son collègue dans son travail d’identification des voyageurs. Son collègue lui signifia qu’il avait fini son travail et que je ne dérangeais point. L’agent des forces de l’ordre avec qui j’échangeai est un parent à plaisanterie qui m’emmena dans son bureau pour enregistrer ma plainte contre les traitements inhumains, dont de nombreux voyageurs font les frais en territoire ivoirien. Ma plainte fut enregistrée et selon l’agent du jour, elle devrait être transmise aux hautes autorités. Son collègue M. lança à un des ses collègues qui est venu le rejoindre à la barrière, que je devrais aller plutôt me plaindre chez Blaise. Mais Blaise a quitté le pouvoir en catastrophe, je fais comment maintenant?

C’est après ces dires que je me suis rendu compte que ma plainte n’irait nulle part (la même chose m’a été signifiée par une dame, car selon elle les agents ne seraient pas prêts à travailler contre leurs proches poches), car les mêmes pratiques en territoire ivoirien avait pris forme depuis belle lurette au Faso. Les gens s’adonnent aux mêmes pratiques que leurs collègues ivoiriens, peut-être de manière plus subtile. A la frontière, la poche est reine et doit être remplie vaille que vaille. Des accords ont été signés dans le cadre de l’UEMOA et de la CEDEAO en ce qui concerne la libre circulation des biens et des personnes. L’impression qui m’est donnée est que les personnes peuvent circuler, mais pas leurs biens. Ce genre de comportement d’une autre époque ne devrait pas être vu de part et d’autre de la frontière. Vivement que les choses changent le plutôt possible dans l’intérêt supérieur des deux pays frères liés par tout!

Ousmane M. Somah

Tel: 0049-0-15227647717

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