mardi 29 septembre 2020
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« Ma part de vérité  » du President Jean-Baptiste Ouedraogo : « osons dédramatiser », Dr. Dramane Konaté

Tribune de Dramane Konate sur le livre  « Ma part de vérité  » de l’ancien Président Jean-Baptiste Ouedraogo. 

SPÉCIAL DIMANCHE CULTURE
SA PART DE VÉRITÉ (lecture approfondie 5 mn)
Cher(e)s ami(e)s, frères et sœurs, osons dédramatiser ! Je vous vois légitimement partagés entre la stupeur, la colère et même la révolte suite au témoignage fait par Jean-Baptiste Ouédraogo sur l’homme Sankara, à travers son opus intitulé « Ma part de vérité ». Je suis d’autant peiné que des amis et frères avec qui, hier encore, j’ai partagé le même sentiment d’appartenance au mouvement sankarien, s’entredéchirent sur la toile suite aux révélations de JBO. Sans verser dans l’émotion du nègre senghorien, relevons le défi de la lecture vraie et utile avant d’émettre tout jugement.

Personnellement, j’ai eu la chance d’avoir lu le livre et d’en faire une analyse critique avant de le présenter devant un public composé de la quasi-totalité des acteurs de l’époque. Certes, l’écriture de l’histoire obéit à des méthodes et à des règles précises. Mais pour écriture l’histoire, les sources à explorer sont légion. Des témoignages émouvants et même croustillants ont été faits à la séance de dédicace par d’anciens officiers de notre armée comme par des acteurs politiques de l’époque. Même les purs et durs «sankaristes» de l’époque, qui n’ont pas renié leurs convictions, ont témoigné et corroboré l’attitude conciliante de JBO au moment des faits. Son seul crime, peut-être, a été de ne pas avoir épousé l’idéologie communiste véhiculée par le mouvement révolutionnaire soutenu par des groupuscules de gauche. Adama Touré, l’un des mentors de Sankara, reconnaît cela en 2001 dans « Une vie de militant ».

Dans le fil de la narration de l’œuvre de JBO, le lecteur est édifié par des secrets d’État, et s’émerveille de la chronologie des événements tels que relatés. Le scénario du 16 mai, la journée ayant précédé le 17 mai 1983, jour de l’arrestation de Thomas Sankara au petit matin, est minutieusement relaté. De même, le film de la journée du 04 aôut 1983, avec tous les protagonistes, est très édifiant. De Sankara, l’auteur retiendra qu’il avait de la verve, et qu’il était intelligent, charismatique (p.109), très rusé (p.125), habile stratège politique (p.159). Il dira même que Sankara est passé le voir dans la nuit du 4 août 1983 et a proposé de le protéger lui et sa famille contre toute tentative d’assassinat. Ces qualités humaines ont même été relevées par Lona Charles Ouattara, l’un de ses amis d’enfance, qui dira que malgré tout ce qu’on pouvait reprocher à Sankara, il était véritablement un patriote (Mon engagement, 2019).

Contre l’uchronie, l’auteur JBO convoque l’Histoire, grand juge du temps et des hommes, sept (7) fois dans son œuvre : « Je demeurerai, pendant longtemps encore, l’un des personnages les plus controversés de notre histoire». L’uchronie, c’est l’histoire falsifiée, c’est le mythe, sinon la légende ; elle est contée par les vainqueurs du moment : « Vae victis », malheur aux vaincus ! Et Valère Somé, l’un des idéologues de la RDP et proche ami de Sankara, confesse après les événements tragiques du 15 octobre 1987 : « Il nous est arrivé de penser que le mouvement révolutionnaire avait porté trop tôt Sankara au pouvoir (…) La vérité, pour l’Histoire, est plus qu’un canon, et tue parfois même».
En tout état de cause, la dignité, l’intégrité, le leadership et le penchant panafricaniste de Thomas Sankara n’ont jamais été remis en cause. Du reste, le Ministre Abdoul Karim Sango a fort bien rappelé le rang de héros national qu’il occupe, autant qu’un mémorial lui sera dédié. Personnellement, j’ai en ma possession une quinzaine de publications sur Sankara, d’auteurs nationaux comme étrangers, de même que j’ai eu le privilège de l’avoir rencontré trois fois dans sa courte vie. Cependant, il se pose l’impérieuse nécessité de revisiter l’histoire de notre pays sans pour autant verser dans le révisionnisme. Le chemin de la réconciliation pour une paix durable passe forcément par un devoir de vérité. Tous et chacun, notamment les acteurs politiques,devraient se prêter à ce noble exercice.
Alea jacta est !
En toute culturalité (DK, janv.2020)

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