mardi 14 août 2018
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Lettre ouverte de la Coordination des Syndicats du Ministère en charge de l’Economie et des finances au président du Faso

 

A la suite de leur mot d’ordre de grève de 48 heures, la CS-MEF a adressé une lettre au Président du Faso. En voici la teneur.

 

 

Excellence, Monsieur le Président du Faso,

Le 14 mars 2018, par lettre n°2018-05/CS-MEF, la Coordination des Syndicats du Ministère en charge de l’Economie et des Finances (CS-MEF) vous transmettait un préavis de grève de quarante-huit (48) heures pour les 04 et 05 avril 2018. Ce préavis synthétise les préoccupations majeures des travailleurs du Ministère de l’Economie, des Finances et du Développement (MINEFID). Ces dites préoccupations ont fait l’objet d’un examen au cours de négociations inachevées qui ont eu lieu les 28, 29 et 30 mars 2018 sous la conduite du Ministre en charge de la Fonction publique. Au dernier jour des négociations, la partie gouvernementale a suspendu les échanges en promettant de reprendre langue avec la CS-MEF quand elle aura reçu de nouvelles instructions de sa hiérarchie. En lieu et place de recontacter la CS-MEF pour une reprise des négociations, le Gouvernement s’est fendu d’un communiqué le 03 avril 2018 et d’une sortie médiatique de son ministre porte-parole le 4 avril 2018. Dans ces actes, le Gouvernement n’a montré aucunement une réelle disposition au dialogue, ni une volonté de se pencher sur les justes et légitimes préoccupations des travailleurs du MINEFID. Il a plutôt continué dans la désinformation (faisant croire à l’opinion que des accords avaient été trouvés avec les syndicats), le dilatoire, la diversion avec comme option la répression à travers des menaces à peine voilées contre les travailleurs qui suivront le mot d’ordre de grève. Le Gouvernement n’ayant donc pas apporté des réponses satisfaisantes aux préoccupations posées, la CS-MEF a décidé de maintenir le mot d’ordre de grève.

Excellence, Monsieur le Président du Faso, La quasi-totalité des travailleurs du MINEFID ont effectivement observé le mot d’ordre de grève avec un taux de suivi moyen de 95%. Par ailleurs, ces travailleurs se sont comporté de façon disciplinée et mature. Aucun grief n’a été relevé contre un quelconque militant au cours de ces quarante-huit (48) heures de grève. En dépit du succès éclatant de la grève déjà perceptible dès la matinée du 1er jour, le Gouvernement n’a daigné chercher à reprendre les négociations alors qu’il clame qu’il est disponible au dialogue. Il a plutôt mobilisé un nombre impressionnant de policiers (CRS) pour réprimer les travailleurs du MINEFID dont le seul crime est d’exiger du Gouvernement le respect de ses propres engagements. Ainsi, la Police a été déployée dans la plupart des directions et services importants du MINEFID. Le cas le plus remarquable a été relevé au sein Ministère. En effet, la CS-MEF avait choisi de tenir le piquet principal de la grève dans l’enceinte du Ministère du fait de l’occupation de la Bourse de travail par d’autres syndicats. Le 1er jour de la grève, il a fallu des tractations et des explications avant que les travailleurs ne puissent accéder à l’enceinte du Ministère pour la tenue du piquet. Au second jour, en dépit du fait que le piquet s’est tenu sans incident la veille, la Police a empêché systématiquement tout accès au Ministère. Au regard du climat délétère et électrique et avec la maturité d’esprit des travailleurs du MINEFID, le piquet de grève a été délocalisé sur décision des responsables de la CS-MEF au centre d’éducation ouvrière de Ouagadougou. Cette décision a permis d’éviter les affrontements qui étaient presque inéluctables avec des conséquences dommageables. A ce jour, le matériel (chaises, tentes, nattes, bacs à glace…), loué par la CS-MEF auprès d’un particulier, pour les besoins du piquet et installé dans l’enceinte du Ministère reste introuvable. Cette situation n’a point surpris la CS-MEF car d’une part, le Gouvernement avait annoncé dans son communiqué son intention de réprimer et d’autre part, la répression est devenue la règle au MINEFID où il est systématiquement fait appel à la Police lorsque les travailleurs sont en lutte. Empêcher les travailleurs de tenir leur piquet de grève au sein du Ministère, leur lieu de travail et de convergence, est une violation flagrante des libertés démocratiques et syndicales prévues tant dans la Constitution du 02 juin 1991 que dans des conventions internationales ratifiées par notre pays. Ce sont des agissements qui ne sont pas de nature à instaurer un climat de confiance et de respect entre le Gouvernement et la CS-MEF, gage d’un dialogue franc, sincère et fructueux. La CS-MEF dénonce cette répression barbare qui s’est toujours abattue sur les travailleurs du MINEFID !

Excellence, Monsieur le Président du Faso, De ce qui précède, il est évident que le Gouvernement, loin d’être dans une logique de dialogue avec la CS-MEF, quand bien même il clame à chaque occasion sa disposition en la matière, nourrit le secret espoir de dresser la population contre les travailleurs. En dépit de cette attitude regrettable du Gouvernement, la CS-MEF, après analyse objective de la situation et pour donner encore des chances au dialogue, a décidé de vous adresser la présente lettre ouverte afin d’exiger :   la restitution du matériel (chaises, tentes, nattes, bacs à glace…) emporté et la réparation du préjudice subi par la CS-MEF ;   le respect des libertés démocratiques et syndicales au sein du MINEFID ;   l’examen sérieux et diligent des justes et légitimes préoccupations des travailleurs du MINEFID contenues dans le préavis de grève du 14 mars 2018. Excellence, Monsieur le Président du Faso, La CS-MEF dégage toute responsabilité quant à une détérioration accrue du climat social au sein du MINEFID si le gouvernement demeure dans cette attitude. Elle se réserve le droit d’engager de nouvelles actions afin d’obtenir gain de cause au cas où les préoccupations posées ne trouveront pas de réponses satisfaisantes dans vos délais les meilleurs.

Excellence, Monsieur le Président du Faso, la CS-MEF sait compter sur votre disponibilité à promouvoir la paix sociale et vous prie de bien vouloir agréer l’expression de sa très haute considération.

Ont signé : Le Secrétaire général du SATB

Séini KOANDA Le Secrétaire général du SNAID

Nongo Grégoire TRAORE le Secrétaire général du SYNATRAD

Mathias KADIOGO

Le Secrétaire général du SYNTPC

Dramane SERME

Le Secrétaire général du SYNAFI

Mohamed SAVADOGO

Pour le Comité CGT-B/ENAREF

Yoropo A. DEMBELE

 

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