lundi 24 avril 2017
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Interview : Marius Kaba Drabo ou la main du monument des cinéastes de Ouagadougou

La cinquantaine révolue, Marius Kaba Drabo est le premier responsable de la société de construction métallique Atelier de construction métallique et divers (A.C.M.D.). Avec sa structure, Marius Kaba Drabo est le constructeur du monument des cinéastes, qui reste la Place forte du cinéma africain et l’icône du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO). A l’occasion de la 25ème édition du FESPACO, votre quotidien d’informations générales est allé à la rencontre de ce Monsieur. Avec engouement et dévouement, il dit s’être sacrifié pour la matérialisation de ce monument au grand bonheur du cinéma africain et des autorités burkinabè qui mettent un point d’honneur sur le cinéma. Mais, ses ambitions de toujours réaliser des chefs-d’œuvre burkinabè avec son Entreprise ont heurté l’iceberg qui fera couler A.C.M.D. et son premier responsable.

226infos.net : Marius Kaba Drabo, vous êtes le constructeur de la Place des cinéastes de Ouagadougou, alors expliquez-nous un peu comment est-ce que votre société, A.C.M.D., a pu avoir le marché de construction de cette place sous la Présidence du Capitaine Thomas Sankara?

Marius Kaba Drabo : Après mes dix ans de spécialisation en construction métallique en Europe, notamment en Italie, et en collaboration avec mes partenaires européens j’ai pensé à mettre en place une structure spécialisée ici au Burkina Faso. C’est ainsi qu’est née l’unité de construction métallique A.C.M.D. en 1978. Et c’est avec une somme de 500.000 f cfa que j’ai pu acquérir mes premiers matériels de travail. Pour le marché de la construction du monument des cinéastes, je dois dire qu’à l’époque j’étais déjà sur un certain nombre de chantiers au Burkina. C’est ainsi qu’un jour, j’ai été approché par le Directeur des infrastructures de la présidence, Mr Napon, pour me proposer la construction du monument des cinéastes sur la base de la maquette qu’on me proposait. J’ai alors fait les différentes études et lui faire les propositions qui ont conduit à la matérialisation de ce monument tel que vous pouvez le voir actuellement. Cette offre m’est parvenue donc grâce à la bonne renommée de la structure A.C.M.D.

226infos.net : Trente ans après sa construction, le monument des cinéastes reste l’un des symboles forts de la ville de Ouagadougou et du cinéma africain, est-ce que vous vous attendiez à une telle renommée lors de sa construction ?

Je dois d’abord dire que j’étais obligé de réussir la construction de ce monument. Avec la Révolution en cours dans le pays et l’intérêt que le Conseil national de révolution accordait à la culture notamment le cinéma, il aurait été suicidaire que de rater la construction de ce monument des cinéastes. Je me suis donc sacrifier pour la réussir. Mais je m’attendais pas à beaucoup de choses, j’avoue.

226infos.net : Quel sentiment vous anime aujourd’hui face au constat de la renommée internationale de ce chef-d’œuvre que vous avez construit ?

M.K.D. : Je suis le plus simple possible. Je reste humble et modeste. Je ne suis pas le type de l’orgueil, mais je reste satisfait d’avoir construit ce monument qui tient debout trente ans après, et je suis convaincu qu’il résistera encore longtemps.

226infos.net : On sait également que votre société a été sollicitée pour la clôture en chaîne de l’actuelle Place de la révolution, tout de suite on a envie de vous demander que devient A.C.M.D. et son premier responsable, que vous êtes ?

M.K.D. : Que devient A.C.M.D. ? C’est la grosse question. Après la réalisation de ces différentes œuvres, j’avais encore d’autres ambitions notamment la fabrique et la commercialisation des bouteilles de gaz sur place ici au Burkina Faso. Vous savez que nous sommes un pays sahélien qui a des potentiels de développement assez modestes ; et mettre en place une structure de production de bouteilles de gaz allait booster d’une manière ou d’une autre le développement de notre pays. Bon, avec toutes mes ambitions j’ai compris que mon Entreprise commençait à entrer dans d’autres dimensions. Je commençais à être perçu comme un élément dangereux qu’il fallait écarter afin de laisser libre-court à la prédation et à la spéculation outrancière sur la naïveté des populations. Mes ambitions m’ont donc entrainé dans des problèmes d’envergures qui ont abouti à la liquidation judiciaire de mon Entreprise. Cette même ordonnance judiciaire m’a exclu de cette Entreprise. J’ai payé ainsi le prix de mon engagement pour le développement du Burkina Faso. Ce qui est encore plus douloureux, c’est que j’ai entrepris de multiples démarches afin d’avoir un soutien des autorités de ce même pays-là, mais le constat a été amère.

226infos.net : Est-ce que des groupes de personnes avaient des raisons particulières de voir A.C.M.D. et son premier responsable  tombés en faillite ?

Effectivement, j’avais mailles à partir avec les C.D.R. Le Président Thomas Sankara a eu à faire sa première déclaration aux ouvriers du Burkina Faso dans mon Entreprise, sans que je ne sois informé. J’ai interprété cela comme une volonté de nationalisation de mon Entreprise. Depuis, les CDR étaient à mes trousses. Avec le Front populaire, les choses ne se sont pas forcément arrangées. Les pressions se sont accentuées jusqu’à ce que intervienne la liquidation en 1989.

226infos.net : Qu’est-ce que vous avez pu faire pour éviter que A.C.M.D. qui a réalisé de beaucoup de chef-d ’œuvres au Burkina Faso ne puisse pas disparaitre conformément à la volonté de ceux qui pouvaient le souhaiter ?

M.K.D. : Je suis resté en contact avec un certains nombres d’autorités du pays pour essayer de sauver encore ce qui peut l’être. Mais il n’y a jamais eu de suite favorable. Je portais tout seul mon fardeau au grand bonheur des détracteurs de la défense de l’intérêt commun de tous les burkinabè.

226infos.net : Es ce que l’Etat burkinabè vous a soutenu dans votre lutte pour le maintien de A.C.M.D. ?

M.K.D. : Vous savez, le poids de mon fardeau m’a contraint à me résigner à un certain moment. L’Etat burkinabè s’est emmuré dans un mutisme total en ce qui me concernait avec mon Entreprise. Il n’a pas eu à bouger le moindre petit doigt pour sauver cette Entreprise.

226infos.net : Y a-t-il eu un moment où vous avez eu à regretter le travail que vous avez fait pour le cinéma africain et le Burkina Faso ?

M.K.D. : L’homme à un certain moment de la vie ne peut qu’être frustré, frustré malgré sa sincérité.  Mais je me suis toujours dit que c’est une œuvre qui est déjà posée et il faut en être fier. Tôt ou tard, l’histoire finira par reconnaitre les parrains de ces chef-d’œuvres.

226infos.net : Le Burkina Faso abrite la 25ème édition du FESPACO, quel est le message que le constructeur de la place des cinéastes a à lancer à l’ensemble des cinéphiles africains et des autres horizons ?

M.K.D. : Je les invite d’ores et déjà à plus de réflexion sur le cinéma et les piliers de son perfectionnement. Il faut arriver à la production de film de masse et à des films d’excellences qui s’inspirent essentiellement des réalités africaines, tout en ne boudant pas celles d’autres horizons. Je ne vais pas trop m’étaler sur ça, donc je vais tout simplement souhaiter à tous les cinéphiles présents à Ouagadougou pour le Fespaco, très bonne fête du cinéma africain.

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