samedi 20 octobre 2018
Home | ACTUALITES | INTERNET ET POLITIQUE : Tirs croisés des cyber-opposants sur Kosyam

INTERNET ET POLITIQUE : Tirs croisés des cyber-opposants sur Kosyam

 

Retenez bien le nom : Farida Nabourema.  C’est  celui d’une jeune femme au visage  d’ange. Mais attention, sa plume est acerbe. Elle l’utilise pour dénoncer les travers des dirigeants africains. Sa cible préférée est Faure Gnassingbé, président du Togo, pays dont elle est du reste originaire. Elle vit aux Etats-Unis où elle a terminé des études supérieures (l’histoire ne dit pas si elle est en exil mais vu le ton de ses diatribes, le gouvernement togolais ne doit pas la porter dans son cœur). Son canal d’expression de prédilection, ce sont les réseaux sociaux, à travers surtout Facebook et le blog qu’elle anime, mais elle est aussi écrivaine.

 Farida est certainement la nouvelle terreur des dirigeants africains. Après les premiers opposants et activistes en exil, qui utilisaient uniquement les médias traditionnels (radio, télévision, journaux) et l’écriture (livres, essais, chroniques), la génération de Farida manie plutôt Internet, en ce siècle des technologies de la communication. Et ça fait tilt.

Outre sa plume trempée au vitriol, il y a la rapidité de l’information, son accès facile et l’immensité du public qui le lit. Le résultat est immédiat. Ce sont des milliers de « j’aime », « je partage », qui accompagnent l’écrit, preuve qu’il est suivi de par le monde. Mais le plus intéressant avec les réseaux sociaux et pour les cyber-activistes, c’est  la possibilité d’échanger avec les internautes.

Une interactivité qui permet à l’auteur de l’écrit de savoir si des gens adhèrent à son point de vue ou pas, et ce qu’ils en pensent. L’écrit original est ainsi nourri, alimenté et irrigué par des milliers de « posts » venant d’autres personnes connectées sur le web.

En outre, ce monde  forme  dès lors une communauté certes invisible, mais bien active et même influente. Farida commence aussi à regarder du côté du Burkina. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le pouvoir sur lequel elle a du reste tiré à boulets rouges, à la faveur du meeting du CDP organisé le 21 juin au Stade du 4-Août. Ce meeting, qui a fait des gorges chaudes au Burkina, a traversé nos frontières et fait le tour du monde, grâce à la magie d’Internet.

Sous le titre « Le pouvoir de Blaise Compaoré est expiré », la dame de fer du Web africain s’est emparée du sujet, dans un long pamphlet, en épousant l’argumentaire de  l’opposition et des anti-référendum : « Pour Blaise Compaoré, ainsi que pour ses journalistes véreux et ses complices français qui avaient apprêté leurs caméras pour montrer la grandeur de la manifestation de Compaoré, ce fut dans un premier temps une réussite car le stade fut bourré de mangeurs de pains et de malheureux en quête d’un sourire.

Il faut croire qu’avec ça, c’est de la mauvaise publicité assurée pour le Burkina

Le spectacle débuta avec la prestation des artistes par ci et là. Puis l’heure du meeting arriva. Au plus grand étonnement de tous, une fois le concert terminé, les manifestants ont presque tous quitté le stade, laissant ainsi les responsables du parti de Blaise Compaoré (CDP) seuls au milieu du stade. Et oui ! Ils les ont bien eus! Ils ont mangé, pris leurs 2 000 FCFA, dansé au rythme des artistes invités et ensuite paf, ils ont planté Blaise Compaoré. Ah, quel coup dur ! ».

Et au passage, elle dénonce la manipulation des médias, que tenterait de faire le régime. Elle en veut pour preuve l’élément diffusé le 22 juin sur France O, où l’on a maquillé l’arrière-plan du  stade qui était vide quand le SEN du CDP prononçait son discours.  En plus d’être donc des militants et  des as de l’écriture, les cyber-activistes comme Farida sont aussi des spécialistes de la communication.

Il faut rappeler que les manœuvres du CDP pour cacher  cette réalité, dans une vidéo postée sur lefaso.net, avait déjà été décelée par des internautes burkinabè. Comme on le voit à travers cet exemple de Farida, rien ne peut plus se faire ici-bas à l’abri des regards du monde.

On ne peut plus gouverner un pays sans tenir compte de cette sorte de Big Brother que constitue Internet. En une seconde, ce que vous faites dans votre pays est connu du monde entier. La réalité ne peut plus être cachée ou masquée comme au bon vieux  temps des pères fondateurs.

Les écrits qui font régulièrement le buzz sont malheureusement dirigés contre lui

La plupart des chefs d’Etat africains ont compris qu’ils ne pouvaient que composer avec cette donne. D’où leur présence sur Facebook essentiellement, où ils donnent leur actualité. Concernant le Burkina, le président du Faso poste régulièrement ses activités politiques. Mais les écrits qui font régulièrement le buzz sont malheureusement dirigés contre lui. Le Balai citoyen est à ce titre le fer de lance de la cyber-opposition au référendum sur l’article 37.

Quand on ajoute à ces acteurs du Web burkinabè, des gens comme Farida Nabourema qui manient à perfection l’anglais et le français, il y a forcément un déséquilibre en faveur  des opposants à la modification de l’article 37, sur Internet.

Et surtout, l’affaire prend autre une dimension, à l’image de cet appel de Farida, à une mobilisation contre le tripatouillage de la Constitution au Burkina : « Il faut que les militants de la liberté, de l’auto-détermination et de la souveraineté des peuples africains se mobilisent pour soutenir le peuple burkinabè à cette heure fatidique de la lutte».

Il faut croire qu’avec ça, c’est de la mauvaise publicité assurée pour le Burkina. En tout cas, la bagarre pour 2015 se mène aussi très intensément sur Internet. Les opposants à la perpétuation de Blaise Compaoré au pouvoir, redoublent de tirs à boulets rouges sur Kosyam. L’avenir nous dira s’ils réussiront à atteindre leur cible.

Frédéric Wendkouni OUEDRAOGO

Check Also

Procès du putsch : Le Général Diendiéré a dit avoir le « soutien de la hiérarchie militaire », selon Léonce Koné

Poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, complicité de coups et blessures, Léonce …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *