mardi 26 mai 2020
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Exposition photos de 1974 (Haute Volta) à nos jours (Burkina Faso) par Eva Savfors, ce 22 avril

Elle est arrivée au Burkina Faso en 1974. C’était la Haute Volta et elle y était venue, car son époux, à l’époque, y était et travaillait dans le projet d’aménagement du quartier Cissin de Ouagadougou. Eva Savfors, puisque c’est d’elle qu’il s’agit a côtoyé presque toutes les couches sociales de la Haute Volta, donc du Burkina Faso. Le Centre, l’Ouest, le Nord. Toutes ces régions ont connu la suédoise Eva Savfors. Cette dame disposait d’un moyen assez spécial pour communiquer allègrement avec les populations. « C’est comme si je partais à la rencontre de l’inconnu » ; et avec l’inconnu, « je faisais des prises de vue avec mon appareil photo CANON, pour rentrer en contact avec les personnes », se confie-t-elle à 226infos.net, lorsque nous l’avons rencontrée.

Nous étions dans les années 1970, et à l’époque faut-il le souligner, les photos en vogue sous le ciel africain étaient presque toutes en « noir-blanc ». Avec son appareil photo, Eva Savfors produisait des « images en couleur » et arrivait à créer la communication. Des villages dans l’ouest du pays en passant par Markoye dans le Nord, les zones rurales d’Oubritenga et Ouagadougou, Eva garde des souvenirs émotionnels et, l’occasion faisant le larron, a su immortaliser son vécu. Plus de 1 000 prises de vue. Portraits de personnes comme de sites.

Ici, une vue comparative des motocyclettes d'il y a 30 à 40 ans et celles d'aujourd'hui
Ici, une vue comparative des motocyclettes d’il y a 30 à 40 ans et de celles d’aujourd’hui

Si à la fin du contrat de son époux, l’ « amie de la Haute Volta » est repartie, elle y sera de retour une décennie (1987) plus tard. Mais, cette fois-ci au Burkina Faso. Le pays ayant changé de nom. De jeunes officiers avec à leur tête le capitaine Thomas Sankara, mène une véritable Révolution et de grands chantiers sont entrepris à l’intérieur du pays.

Les premières images de la tombe de Thomas Sankara en 1987

D’ailleurs, la Suédoise était arrivée à l’occasion du FESPACO et devrait travailler dans le cadre du projet des « trois luttes ». Sa spécialité : Œuvrer à la vulgarisation des foyers améliorés, avec l’appui de son pays d’origine. Une occasion pour rendre service au Burkina mais également pour s’adonner à sa passion : les prises de vue. Elle parcourra encore le pays.

Un soir du 15 octobre 1987, alors qu’elle était avec des animateurs à Ziniaré à une trentaine de km de Ouaga, les nouvelles parvenant de la capitale annoncent un coup d’Etat. Le père de la Révolution est renversé. « C’était un choc », s’émeut-elle. Sur le champ l’équipe décide de rentrer à Ouagadougou. Une fois dans la capitale « vers 19 heures, même pas une mouche ne se trouve sur la voie, à part des militaires en patrouille ». Pris de peur, elle insiste pour loger nuitamment à l’hôtel Silmandé (actuel Golden Tulip). Des amis s’y opposent et l’enverront dans son quartier où elle habitait et c’est là qu’elle passera sa « nuit cauchemardesque », car le lendemain, elle apprendra que Thomas Sankara a été assassiné par les putschistes. Passionnée de son art, juste quelques jours après le drame, Eva Savfors parviendra à s’introduire dans le cimetière de Dagnoen où reposent les victimes du coup d’Etat. « C’est inimaginable ce que j’ai vu. Je ne sais pas quoi dire, mais au vu des tombes,… (émotion) », nous confie-t-elle, à demi-mots.

Ce qui faisait office de pépultre des restes des victimes du 15 octobre
Ce qui faisait office de sépulture des restes des victimes du 15 octobre

Les tombes aujourd'hui
Les tombes aujourd’hui

« J’ai pu prendre des photos. Une façon d’immortaliser ce que j’ai vu au cimetière », ajoute-t-elle. Et ces images, Eva les a dans ses reliques.

De la naissance d’une amitié de plus de 40 ans avec une vendeuse de légumes, grâce à une photographie

Deux années plus tard, en 1989, c’est la fin du projet sur les foyers améliorés et elle regagne son pays. Elle ne peut pas garder son vécu aux pays des Hommes intègres dans les oubliettes. C’est ainsi qu’elle exposa sa collection d’images dans son pays natal, la Suède. « Ça a été beaucoup apprécié ce jour-là », se satisfait-elle. Et c’est de là qu’elle entreprit de revenir au Burkina « ressusciter le passé » avec une exposition des portraits anciens, « tout en respectant la mémoire des portraits de ceux qui ne sont plus », et des sites.

Photo de bergers, prise il y a de cela près de 40 ans
Photo de bergers, prise il y a de cela près de 40 ans

Fait insolite, la Suédoise est parvenue à créer une relation durable avec une vendeuse de légumes lorsqu’elle réalisa une photo de la dame. « Depuis lors, nous sommes restées amies jusqu’à nos jours et elle sera là le jour de notre exposition », se réjouit Eva.

Sika Bella/Kaboré, épouse du Chef de l’Etat, marraine de l’exposition

Ainsi, en novembre 2015, elle atterrit au pays pour « sonder le terrain ». Avec quelques photos, elle se rendit dans le Houet. « Quelque part, je tends une photo d’une vieille personne. En fait, la plupart ne sont plus vivants. Quelqu’un se saisir de la photo et dire: c’était notre père, ou bien c’était notre grand-père. J’ai vécu cela en novembre dernier dans des villages du Houet », dit-elle. De là, elle a été motivée de poursuivre son projet d’exposition. Cette motivation s’est accentuée lorqu’elle a eu la collaboration d’un jeune photographe burkinabè Vivien Nomwindé Sawadogo, qui lui assure son entière disposition à l’accompagner dans son initiative.

photo d'une bella

C’est ainsi qu’avec ses partenaires dont l’ambassade de Suède au Burkina, la date du 22 avril 2016 est retenue. « Si je peux faire plaisir à quelques personnes pour leur montrer l’histoire, ça me fait plaisir aussi », telle est le leitmotiv de Eva. Des images de portraits et de sites de 1974 à nos jours (de la Haute Volta et du Burkina) seront à l’honneur lors du Salon. L’initiative trouvant échos favorable, l’événement sera parrainé par la première dame, Sika Kaboré. Les ateliers Maanéré, sis au quartier Tanghin à côté du Lycée technique Bethel, abritera la cérémonie.

Qu’est-ce-que le centre de promotion culturel Les ateliers Maanéré.

Une occasion également de procéder au lancement de l’espace d’exposition Les Ateliers Maanéré qui est un site où évoluent des artistes spécialisés dans la peinture et le dessin. Tout en lançant un appel au public et aux établissements culturels à prendre part aux activités le 22 avril prochain, le promoteur du Centre, Christophe Sawadogo, par ailleurs enseignant aux affaires culturelles à l’université de Ouagadougou, fait savoir : « Nous devons valoriser notre culture. Avec la peinture, avec le dessin et autres, nous faisons valoir notre héritage culturel et il faut que cela se poursuive au grand bénéfice de notre cher Burkina ».

Le peintre Christophe Sawadogo est le promoteur du Centre Les Ateliers Maaneere
Le peintre Christophe Sawadogo est le promoteur du Centre Les Ateliers Maaneere

C’est dans cette optique de valorisation de « notre héritage identitaire », qu’avec quatre de ses étudiants de l’Université de ouaga, le Peintre Christophe s’adonne sans relâche à sa passion : la peinture, le dessin…

Par ailleurs, c’est avec satisfaction que Christophe Sawadogo nous confiera qu’ « au fur et à mesure, on sent que le Burkinabè s’intéresse plus aux produits de l’art inhérents à sa culture ».

Alexandre Meda, peintre en herbe sous l'aile de son professeur au Centre
Alexandre Meda, peintre en herbe sous l’aile de son professeur au Centre

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